Les Chicros sont apparus en 2004 sur la compil CQFD des Inrocks. Depuis, deux albums ont vu le jour, aussi bons l'un que l'autre. Nous attendions donc avec impatience le nouvel LP de la bande du Sud Ouest parisien. Pourtant, à sa présentation papier, la méfiance s'installe : « Radio transmission » est présenté comme un « album multi-conceptuel », les Chicros ayant eu l'idée de proposer un éventail du meilleur de la FM, jingles inclus, à travers leur album. Dans un langage courant, un album concept correspond généralement à un album en période de manque d'inspiration ou de fin de contrat avec son label...
Pourtant, à l'écoute, cette méfiance disparaît très rapidement. Ce nouvel album s'ouvre sur une intelligente mise en musique du son, pourtant crispant, du bout de la bande FM. Quelle meilleure introduction pour un tel projet ? Et effectivement, pendant les 36 minutes que durent « Radio transmission », se succéderont de la brit pop, de la power pop, des ballades, du rock, de la low-fi et même de la country, du hip-hop ou du christian-rock !
« Radio transmission » est aussi un long voyage sur les bandes FM, depuis l'Angleterre jusqu'à la côte Ouest américaine. Au début de l'album, les chansons sont dignes du regretté label Sarah Records ou de Boo Radleys au meilleur de leur forme. Puis on traverse bien vite l'océan pour se retrouver à New-York : sur « Straight a's », une reprise des Dead Kennedys, c'est l'esprit de l'immense Velvet Underground qui règne. Un Velvet remis au goût du jour et quelque peu transformé psychédélique, l'une des marques de fabrique des Chicros. S'ensuit un rap très rock, digne des meilleurs Fun Lovin' Criminals. Enfin, on quitte la côte Est sur un rock 50's endiablé.
Le périple se poursuit. On s'enfonce dans le milieu du continent, avec quelques ballades, dont un duo avec Brisa Roché. Vient enfin une succession d'odes à Jésus. Sommes-nous désormais en plein Utah ou dans le Mississippi, perdus dans la Bible Belt qui regroupe tous ces Etats très religieux ? C'est l'hypnotique « New Orleans », ode à la ville dévastée et point culminant de l'album, qui répondra pour nous en nous ramenant au Sud des USA. Plus tard, en allant vers l'Ouest, on croisera encore des sons inspirés des Beach Boys ou de Sebadoh.
L'humour n'est pas non plus absent de l'univers des Chicros. « What's new Today On TV? » ironise sur la beauté factice du monde que nous montre la télé de nos jours. « Radio Depressed » se moque de l'animateur de radio locale, désoeuvré, sans le sou, passant les mêmes disques d'un jour à l'autre, et qui n'est là que parce qu'il n'a rien d'autre à faire... Sans parler de « Radio Drugs », où l'on peut appeler pour se fournir. On louche même vers le blasphème lorsque un alcoolique a une apparition de Jésus, qui lui dit qu'il faut qu'il arrête de faire des bêtises, mais pas de boire, car le vin est son sang !
Cet album est-il un clin d'oeil à l'aventure de vol d'oeuvre dont le groupe a été victime il y a quelques années ? Si c'est le cas, ici, le larcin est parfaitement réussi. A chaque nouveau morceau, on croit entendre un artiste différent. Mais il y a dans chacun ce petit quelque chose qui identifie les Chicros, surprenant combo aux multiples ressources !
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